Les Operatoris

Les Operatoris
Soyez inspiré, passez votre chemin (illustration Copilot)

Les operatoris sont des historiens de terrains un peu particuliers. Ils étudient exclusivement les civilisations sur le déclin. Celles vouées à disparaître, que ce soit par autodestruction ou en raison de facteurs externes. Les operatoris s’infiltrent dans ces sociétés moribondes afin de documenter chaque étape de leur lente agonie, les causes profondes de leur déclin, les effets collatéraux sur leur planète, leurs éventuels voisins, leur diaspora.
Ils évaluent également les probabilités d’une résurgence, d’une fusion culturelle ou d’un transfert d’identité vers une autre civilisation.

Ils ont beaucoup tramé sur les Bolotxes.

Que nous disent-ils sur ces derniers. Qu’ils sont originaires de la planète nommée Agria par l’historika de l’Abram. Celle-ci a été découverte il y a trois cycles par l’exploratrice Oumea d’alias Première au Rang. Situé aux limites du secteur Calvakade, ce petit monde NT3 n’a jamais vu le 4. Les Bolotxes ne semblent évoluer que pour découvrir la nouvelle arme qui pourrait accélérer leur disparition. Ils se sont enfoncés dans une ère d’autodestruction permanente, efficace et joyeusement mortifère. Mais ils s’accrochent. Ils se détruisent, s’atomisent, se massacrent, se génocident joyeusement, se haïssent encore et encore sans jamais réussir à disparaître totalement.

Il en est né une race de survivants hors du commun.

Moins ils sont nombreux, plus résistants ils sont. Une race d’éternels désespérés qui ne veulent pas lâcher prise. Plus triste, plus invivable, plus désespéré est leur existence, moins ils semblent vouloir enfin tirer leur révérence.

C’est ainsi que de leur agonie sans fin, ils ont accouché d’une caste de mercenaire si efficace, si diablement redoutable qu’ils sont maintenant recherchés dans leur secteur, et même au-delà, par toutes celles et ceux en quête de solutions radicales à leurs causes perdues, quelle qu’elle soit.

Sur leur monde les Bolotxes ont appris à survivre à deux. Une paire, un destin. Si l’un meurt, l’autre aussi. Vous ne trouverez pas meilleure motivation pour rester solidaire de votre compagnon d’infortune. Pour eux « à la vie, à la mort » n’est pas une vaine promesse. Si un Bolotxes est séparé de son binôme, il dépérit rapidement et meurt en moins d’une déter.

Ce lien, que certains qualifieraient à tort de handicap, a forgé une espèce aux capacités hors normes dont chaque individu (ou plutôt chaque couple d’individus) a une résilience, un pouvoir de subsistance, une capacité à résister à la mort défiant toutes les probabilités biologiques et lois de la guerre.

Les Bolotxes ont ceci de particulier que mâle et femelle (appelons-les comme cela pour simplifier) sont radicalement différents. Le mâle est un mammifère hexapode d’un mètre trente de haut pour deux de long. Il arbore une fourrure dense avec une longue crinière qu’il noue en natte. Les coiffures sont importantes dans la culture botox. Ce sont des éléments de langage à part entière. La femelle est un type de cnidaire aérien. Elle a un corps ovoïde, semi-transparent, d’une cinquantaine de centimètres de diamètre. Des tentacules sont repartis sur l’ensemble de son corps. On en compte une trentaine, longues d’un mètre cinquante en moyenne. Elle se comporte parfois en symbiote avec son mâle. Elle est capable de lui fournir une protection en l’enveloppant de son corps, lui fournissant atmosphère, température et pression acceptables, un peu comme une thermo-peau.

Les femelles Botox sont également réputées pour leur excellente maîtrise des pouvoirs Psy et de la télékinésie en particulier.

À l’inverse, le mâle défend sa compagne contre les attaques physiques. Et il assure au couple la mobilité nécessaire à leur survie, cherchant abris, eau et nourriture. Il a un squelette renforcé de veines métalliques. Son épiderme est recouvert d’une pellicule de mucus rhéoépaississant, sa double mâchoire peut exercer une pression de 3900 Psi, ses 36 griffes rétractables font en moyenne treize centimètres de longs et sont plus résistantes que du plastacier. Ses six sens affûtés lui permettent de voir dans l’obscurité, l’infrarouge, l’ultraviolet, d’entendre le bruissement d’une aile de papillon à plus d’un kilomètre, de détecter la moindre variation du champ magnétique, des ondes radios, des courants électriques, de la pression atmosphérique tout autour de lui. Il est également doté d’un instinct de survie inépuisable et d’une intuition quasi surnaturelle. Ajoutez à cela une capacité de guérison hors du commun et vous comprendrez que je m’autorise à le mettre sur la plus haute marche du podium des meilleurs survivants intermondes.

On a donc vu apparaître ces drôles de binômes un peu partout dans la galaxie et plus particulièrement dans les zones de guerre, les bas-fonds mal famés des archologies dégénérescentes, les cités gangrenées par la pègre et la corruption, les secteurs sous la coupe des mafias… Partout où l’existence ne tient qu’à un fil, ils s’épanouissent.

Les Bolotxes ont une espérance de vie relativement longue, trois cent soixante laps en moyenne (quand rien ne vient mettre prématurément un terme à leur dangereuse existence). Paradoxalement, lorsqu’ils ne se regroupent pas, ils sont plutôt pacifiques. Ce sont les communautés de Bolotxes qui deviennent rapidement expansionnistes, agressives, belliqueuses. Et comme ils ne meurent pas facilement, en mission sur des terres autres que la leur, ils ont tendance à vite se reproduire.

Et c’est là que les ennuis commencent.

Leurs commanditaires se sont souvent retrouvés avec plusieurs binômes Bolotxes, employés par leur soin, se retournant contre eux après avoir terminé leur mission. Il leur a fallu remédier au problème, le seul moyen étant d’engager d’autres Bolotxes, unique prédateur des Bolotxes eux-mêmes. On entrevoit ici la spirale tout à fait infernale dans laquelle leurs contractants se sont naïvement engagés.

Voici donc un sujet d’étude pour les operatoris tout à fait passionnant. Une civilisation éternellement agonisante et… qui ne meurt jamais.

Retour en haut