Les Pères de l’Origine

Les Pères de l’Origine
Trouvez l’intrus (illustration Midjourney)

Introduction : les Traceurs sont les gardiens du Bréviaires et du respect de ses lois. Ils peuvent se reposer, pour y parvenir, sur un ensemble d’organismes et un grand nombre de ses ressortissants qui œuvrent sans relâche au respect de ce texte fondateur de l’exploration spatiale régie par l’Embléa.

Cf. L’Embléa  et Le Bréviaire

Examinons de plus près l’une de ces structures.

Les Pères de l’Origine : parfois, même si cela est d’une rareté extrême, il peut arriver qu’une colonie échoue à s’implanter sur le monde de son choix. Plus fréquemment, des colonies cessent d’occuper une planète parce que cela été ainsi prévu, tout simple­ment.

Dans ces cas de figure, le Bréviaire prévoit que le monde abandonné soit restitué dans son état initial, tel qu’il était avant l’installation des colons du Traceurs.

C’est à ce moment-là qu’interviennent les Pères de l’Origine. Se basant sur le monde simulé réalisé par les Orbitales et conservé par les Outres, les Pères de l’Origine vont s’affairer à faire disparaître toutes traces de notre passage et rendre à la planète sa nature inviolée. Ils vont réaliser cela en douceur, sans brusquer les biomes altérés par la présence Bio et ou Métal. Ils aident la nature à reprendre ses droits. Ils accélèrent subtilement le processus de décolonisation impériale et de recoloni­sation de la nature sur son environnement injustement corrompu.

Les Pères de l’Origine sont des spécialistes hors pair. Souvent attachés à la Pensée d’Evolution, on compte dans leurs rangs d’éminents biologistes, géologues, noologiens, physiciens, spécialistes du Compensum et parfois même un scrutateur (cf. Sciences et métiers de Sciences). Ce sont des scientifiques de terrain pleinement engagés dans leur mission, quel que soit le type d’envi­ronnement qu’ils ont à traiter. On n’a jamais vu un Père de l’Origine quitter une planète qu’il n’aurait pas pleinement restaurée. Et cela peut être la mission de toute une vie.

Les Pères de l’Origine de l’Abram travaillent actuellement sur le cas passionnant d’une planète dont la colonie a été sommée de déménager pour avoir contrevenu (bien malgré elle, je tiens à vous rassurer) au texte B2-3.191 du Bréviaire, interdisant les manipulations génétiques des races animales endémiques à la planète occupée.

Cela se passe sur Lissabon, du secteur Nüfo, où une colonie mixte prospérait depuis déjà six retours sans avoir rencontré de problèmes particuliers. Jusqu’à ce qu’ils accueillent à leur corps défendant, mais aussi peut-être par manque de prudence, un Pudibon Camouflé.

Les Pudibons Camouflés forment une race issue du µ32 dont chaque individu mène une existence clandestine, perpétuellement dissimulée. Peuple farouchement craintif, ils se sont éparpillés aux quatre coins de la galaxie, poussés par une nature profonde qui les condamne à la fuite. Leur rapport au monde extérieur n’a rien de rationnel : tout n’est que suspicion, menace fantasmée, prédateur imaginaire. Ils vivent dans une vigilance maladive, convaincus qu’il faut se protéger de tout ce qui n’est pas eux.

Je laisse ici parler l’Encyclopédie des Mondes, elle sera toujours plus précise que je ne peux l’être qu’en a la description des sociétés de µ32 :

Extrait de l’Encyclopédie des Mondes de µ32 — Section des espèces transverses, selon la Pensée d’Évolution

Les Pudibons Camouflés constituent une espèce marginale de µ32, connue pour mener une existence entièrement clandestine. Leur dispersion à travers la galaxie n’est pas le fruit d’un exil, mais l’expression d’un instinct fondateur : une hyper‑prudence archaïque, devenue au fil des générations leur mode d’être à part entière.

Selon la Pensée d’Évolution, les Pudibons appartiennent aux espèces dites réflexogènes, dont les comportements sont gouvernés par des mécanismes primaires de fuite, de dissimulation et d’évitement. Ils ne perçoivent les tangibles du normal qu’à travers le prisme de la menace : aucune distinction n’est faite entre danger réel et danger imaginaire, et la rationalité n’intervient jamais dans leur évaluation du risque. Tout ce qui n’est pas eux est interprété comme un prédateur potentiel.

Adaptations évolutives

Pour soutenir cette existence de fugitifs perpétuels, les Pudibons ont développé au cours de leur évolution un don de mimétisme exceptionnel. Cette aptitude dépasse largement la simple imitation :

  • Certains individus parviennent à se fondre totalement dans l’espèce hôte au sein de laquelle ils se dissimulent,
  • Leur corps peut muter, se transformer, se métamorphoser jusqu’à reproduire avec une précision remarquable la morphologie, la texture et les comportements de l’autre race,
  • Dans les cas extrêmes, ils peuvent abandonner entièrement leur nature pudibonne, au point de devenir indiscernables — biologiquement comme culturellement — de l’espèce imitée.

La Pensée d’Évolution considère cette capacité comme l’un des exemples les plus aboutis de plasticité identitaire adaptative de µ32. Elle souligne toutefois que cette faculté n’est pas un choix, mais une contrainte : la survie des Pudibons dépend de leur aptitude à disparaître, parfois jusqu’à l’effacement total de leur propre essence.

Présence dans la galaxie

Leur répartition est diffuse, sporadique, et presque toujours ignorée des autres peuples. Cette invisibilité n’est pas un accident : elle constitue, pour les Pudibons Camouflés, la seule condition acceptable d’existence.

Et c’est bien ainsi qu’un Pudibon est arrivé sur la colonie sous la forme d’un Karcher. Pour une raison qui n’a pas pu être identifiée, il s’est senti menacé, il a craint que sa couverture ne soit compromise et il s’est enfui pour se fondre dans la nature. Malgré de nombreuses recherches, il n’a pu être retrouvé.

Jusqu’à ce que le Servant de Lissabon fasse une étrange découverte.

Une colonie de Straps, prédateurs reptiliens jusqu’alors considérés comme inoffensifs pour les colons, s’est soudainement retournée contre eux. L’enquête menée en urgence révéla que ces individus appartenaient à une souche mutante, issue de leurs congénères mais altérée par l’intégration d’ADN pudibon.

Notre clandestin s’était à ce point transformé en straps pour assurer sa survie qu’il en était arrivé à pouvoir se reproduire avec eux.

Cette histoire à fa fait grand bruit dans les colonnes de nos journaux Abrêmes.

Il a été immédiatement décidé d’évacuer Lissabon et de laisser le soin Pères de l’Origine de réparer les pots cassés. A ce jour le Pudibon n’a toujours pas été retrouvé. Allez savoir en quoi d’autre il a bien pu se transformer…

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